
Hier soir, j'ai atterri, suite à un concours de circonstances, dans une soirée gay et lesbienne organisée par quelques membres éminents de la petite communauté homosexuelle de Shanghai.
Au programme, surtout des mecs, autant de chinois que d'étrangers, quelques couples mixtes aussi, et des gays friendly (comprendre: hétéros invités par un ami gay)
Pour l'ambiance, tout y était: les pantalons moulants, les ballons roses au plafond, Madonna en fond sonore, distribution de préservatifs à l'entrée, petits bracelets en forme de coeur, et matage de fesses puissance maximun.
Mais, mais..., néanmoins, rien de commun avec les soirées gays parisiennes. Hier, c'était une atmosphère très timide, très lisse. Rien de vraiment débordant ni de très hard. La salle n'était qu'à moitié remplie.
On sentait clairement que tout le décorum gay ne cherchait qu'à se conformer au cliché homo traditionnel. Il n'y avait pas là la marque d'une véritable culture gay, ni le signe d'une communauté homosexuelle dynamique, bien que Shanghai, en sa qualité de ville la plus développée socialement, compte le plus grand nombre d'homosexuels de toute la Chine, et quelques bars/boites gays et lesbiens.
Ce n'est qu'en1997 que l'homosexualité a été dépénalisée en Chine. Et uniquement depuis 2001 que l'association des psychiatres a consenti à retirer l'homosexualité de la liste des maladies mentales.
(A ce propos, c'est mon université, réputée la plus libérale de Chine, qui, en 2005, a été la première à proposer un cycle de conférence autour du thème de l'homosexualité.)
Donc si les moeurs chinoises évoluent dans le sens d'une plus grande liberté sexuelle, et que l'homosexualité n'est plus envisagée comme un état pathologique, elle reste un sujet largement peu débattu, et les homos des personnes considérées comme malsaines ou anormales.
A mettre entre autres sur le compte:
- d'une morale confucéenne séculaire qui veut que chaque homme ait pour vocation de fonder une famille et produire une descendance masculine pour perpétuer sa lignée. (on peut aussi penser au yin et au yang, qui prône la complémentarité des énergies masculine, positive, et féminine, négative);
- de 60 ans de puritanisme communiste qui a banni le plaisir individuel défini comme bourgeois;
- du culte de la stabilité et de l'Harmonie sociale qui a conduit à ne pas considérer la sexualité comme une affaire de liberté privée, dans la peur fanatique de toute déviance.
Donc ici, l'homosexualité ne se vit pas au grand jour, d'ou le peu d'existence et de résonance d'un milieu gay et lesbien, qui peine encore à se former.
A quand la Love Parade à Shanghai?
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